Plus de 70 journalistes scientifiques ont signé une lettre ouverte contestant le refus d’Amy Coney Barrett de reconnaître publiquement les dernières données scientifiques confirmant que les activités humaines, y compris la combustion d’énergies fossiles, sont le moteur du dérèglement climatique. Dans une lettre, publiée dans la revue Rolling Stone, ils déclarent :

« La grande majorité de la population mondiale, y compris celle des États-Unis, reconnait non seulement la certitude scientifique du dérèglement climatique, mais souhaite également que des mesures soient prises pour y remédier.

« Nous avons réussi parce que la science est claire, malgré les efforts bien orchestrés de propagande, de mensonges et de dénis par les plus grandes sociétés de combustibles fossiles du monde, y compris ExxonMobil et Koch Industries et des instituts et lobbies de soutien aux énergies fossiles. »

Environ 88% de la charge mondiale de morbidité du dérèglement climatique incombe aux enfants de moins de 5 ans, selon une étude de l’American Public Health Association qui affirme que les enfants sont particulièrement vulnérables au changement climatique en raison de leur immaturité physique et cognitive.

Le dérèglement climatique expose également, directement et indirectement, les enfants à des problèmes de santé mentale, notamment l’ESPT, la dépression, l’anxiété, les phobies, les troubles du sommeil, les troubles d’attachement et la toxicomanie, selon cette récente étude.

Qu’il s’agisse de Pfizer, ou R.J. Reynolds, ou Monsanto, ou Coca-Cola, ou Exxon – les industries prédatrices utilisent tous la même stratégie. Pharma convainc le public que l’épidémie d’autisme est une illusion. Big Tobacco jure que fumer ne cause pas de cancer. Monsanto nous convainc que le glyphosate est inoffensif. Coke nous dit que le manque d’exercice physique, non le sucre, est à l’origine de l’obésité.

De la même façon, Big Oil et King Coal font de grands efforts pour nous persuader que le carbone ne chauffe pas la planète — malgré le fait que 97 % des climatologues s’accordent à dire que les activités humaines, en particulier la combustion d’énergies fossiles, sont probablement la principale cause du réchauffement climatique.

Les journalistes spécialisés dans les questions climatiques et scientifiques, auteurs et signataires de la lettre ouverte, ont mis au défi Barrett, qui a des liens étroits avec l’industrie d’énergies fossiles, de s’être rangée du côté des « erreurs » et d’avoir fourni des réponses « factuellement inexactes, scientifiquement malsaines et dangereuses ».

Voir la lettre complète et la liste des signataires :

Nous sommes des journalistes spécialisés dans les questions scientifiques et climatiques. Nous sommes des chercheurs et des tisserands de l’information, créant une étoffe qui explique le travail des scientifiques qui eux-mêmes travaillent à décrire notre environnement naturel et l’univers. Nous publions des articles dans les principaux médias du pays, petits et grands, dont Scientific American, Nature, National Geographic, MIT Technology Review, The New York Times, The Wall Street Journal, The Guardian, The Washington Post, The New Yorker et bien d’autres.

Au cours de décennies de reportages sur les menaces et les dommages mortels et dévastateurs qu’entraîne le changement climatique, nous nous sommes accordés au moins sur un point. La grande majorité de la population mondiale, y compris celle des États-Unis, non seulement reconnaît la certitude scientifique du changement climatique, mais souhaite également que des mesures soient prises pour y remédier.

Nous avons réussi parce que la science est claire, malgré les efforts bien orchestrés de propagande, de mensonges et de dénis par les plus grandes sociétés de combustibles fossiles du monde, y compris ExxonMobil et Koch Industries et des instituts et lobbies de soutien aux énergies fossiles. Il est effrayant de constater qu’un candidat à la Cour suprême — un poste qui est en fait l’un des plus importants du pays — ait adhéré à cette propagande que nous avons mis tant d’effort à dissiper.

Et ce sont les faits — un mot attaqué à répétition par l’administration Trump, qui a nommé la juge Amy Coney Barrett — qui sont en cause ici. « Je ne suis certainement pas un scientifique… J’ai lu des choses sur le changement climatique. Je ne dirais pas que j’ai des vues fermes sur le sujet », a déclaré la juge Coney Barrett au sénateur John Kennedy, lors des audiences de confirmation du Sénat le 13 octobre.

Le lendemain, le sénateur Richard Blumenthal a demandé à la juge Coney Barrett si elle pensait que « les êtres humains étaient responsables du réchauffement climatique ». Elle a répondu : « Je ne pense pas être compétente pour donner mon avis sur ce qui cause ou non le réchauffement climatique. Je ne pense pas que mes opinions sur le réchauffement planétaire ou le changement climatique soient pertinentes pour le travail que je ferais en tant que juge. »

Lorsque le même jour, la sénatrice Kamala Harris lui a demandé si elle trouvait que le Covid était dangeureux, Coney Barrett a répondu par l’affirmative. Lorsqu’on lui a demandé si « fumer provoque le cancer », Coney Barrett a répondu par l’affirmative.

Mais lorsqu’on lui a demandé si « le changement climatique était en train de se produire, et menace l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons », la juge Coney Barrett a répondu que si les sujets précédents ne sont « pas du tout controversés », le changement climatique est au contraire « une question très controversée du débat public.

Elle a ajouté : « Je n’exprimerai pas de point de vue sur une question de politique publique, surtout si elle est politiquement controversée. Car cela est incompatible avec le rôle du juge, comme je l’ai expliqué. »

Le juge Coney Barrett a refusé à plusieurs reprises de reconnaître la certitude scientifique du dérèglement climatique. C’est une position intenable, en particulier lorsque les plus grands spécialistes du climat ont averti en 2018 que nous n’avons que 12 ans pour agir afin de réduire l’augmentation moyenne de la température mondiale et d’écarter les prévisions les plus alarmantes de cette crise.

Au moment où les faits lui ont été présentés, elle a librement choisi de se ranger du côté des fausses vérités. Les réponses du juge Coney Barrett sont inexactes sur le plan des faits, scientifiquement peu solides et dangereuses.

Comment la juge Coney Barrett peut-elle se prononcer sur les questions en suspens de responsabilité, de réglementation, de financement, d’atténuation, d’équité, de justice et de responsabilité en matière de changement climatique si elle n’accepte même pas le principe sous-jacent du réchauffement climatique ? La réponse, c’est qu’elle ne le peut pas.

Les liens du juge Coney Barrett avec l’industrie des énergies fossiles se sont déjà révélés problématiques, forçant sa récusation dans des affaires impliquant des entités de la compagnie pétrolière Shell, parce que son père travaillait pour Shell Oil Company depuis longemps. Elle pourrait aussi avoir besoin de se récuser de futurs cas parce que son père était président du sous-comité du droit de l’exploration et de la production de l’American Petroleum Institute, le principal lobby des combustibles fossiles du pays.

Le dérèglement climatique est déjà un aspect de plus en plus dominant de la vie américaine, et une question d’importance grandissante dans le droit américain. Un des dossiers de la Cour suprême concerne BP P.L.C contre le Maire et le conseil municipal de Baltimore – une affaire qui implique Shell, Chevron, ExxonMobil, et d’autres grandes compagnies pétrolières, et qui pourrait avoir un impact sur une douzaine d’États américains et localités qui poursuivent en justice l’industrie pétrolière pour sa contribution au dérèglement climatique.

Le juge Coney Barrett déclare : « Je ne suis certainement pas une scientifique », mais il n’est pas nécessaire d’être une scientifique, il suffit d’avoir foi en la science. Le pape François, à la tête de l’Église catholique romaine, est un ardent partisan de l’action contre le dérèglement climatique, publiant en 2015 l’« Encyclique sur le dérèglement climatique et l’inégalité : sur la sauvegarde de la maison commune ». Le Pape embrasse la science dure afin de rester proche de sa foi.

La juge Coney Barrett a fait preuve d’une profonde incapacité à comprendre la crise écologique de notre temps, et ce faisant, elle la rend impossible à endiguer.

Signé

Bill McKibben, journaliste et auteur, le Schumann Distinguished Scholar in environmental studies at Middlebury College

Rebecca Solnit, auteur et journaliste

Sonia Shah, journaliste scientifique et auteur

Jonathan Weiner, auteur lauréat du prix Pulitzer, journaliste scientifique et professeur à la Columbia Journalism School

Jeff Goodell, journaliste sur le climat et auteur de The Water Will Come

Naomi Klein, journaliste et auteur

Michelle Nijhuis, journaliste scientifique et auteur

Amy Westervelt, journaliste climatique

Rachel Ramirez, journaliste en justice environnementale

Iris Crawford, journaliste sur la justice climatique

Anoa Changa, journaliste en mouvement et en justice environnementale

Tiên Nguyén, journaliste scientifique multimédia

Eric Holthaus, météorologue, journaliste climatique au Phoenix

Jenni Monet (Laguna Pueblo), journaliste aux affaires climatiques et fondatrice de Indigenously

Nina Lakhani, journaliste en justice environnementale

Samir S. Patel, journaliste scientifique et rédacteur en chef

Clinton Parks, rédactrice scientifique indépendante

Meehan Crist, écrivain en résidence en sciences biologiques, Columbia University

Elizabeth Rush, rédactrice scientifique, auteur de Rising: Dispatches from the New American Shore

Anne McClintock, journaliste climatique, photographe et auteur, professeur de sciences humaines environnementales et d’écriture à l’Université de Princeton

Ruth Hopkins (Oceti Sakowin, Sisseton Wahpeton Oyate), avocate tribale, journaliste autochtone

Wade Roush, journaliste scientifique et technologique et auteur

Kim Stanley Robinson, auteur à succès du New York Times des prix de science-fiction climatique, Hugo, Nebula et Locus

Jason Mark, rédacteur en chef, Sierra

Kate Aronoff, journaliste climatique

Richard Louv, journaliste et auteur

Heather Smith, journaliste scientifique

Judith Lewis Mernit, rédactrice en chef du climat en Californie, Capital & Main

Madeline Ostrander, journaliste climatique

Julie Dermansky, journaliste multimédia en justice environnementale et sociale

Kenneth Brower, journaliste environnemental et auteur

Alexander Zaitchik, journaliste scientifique et politique et auteur

Hillary M. Rosner, journaliste scientifique et universitaire en résidence, Université du Colorado

Wudan Yan, journaliste scientifique

Debra Atlas, journaliste et auteur sur l’environnement

Rucha Chitnis, documentariste sur le climat, la justice environnementale et les droits de l’homme

Drew Costley, journaliste en justice environnementale

Jonathan Thompson, auteur environnemental et journaliste

Carol Clouse, journaliste environnementale

Brian Kahn, journaliste sur le climat

Geoff Dembicki, journaliste climat et auteur

Peter Fairley, journaliste sur l’énergie et l’environnement

Nicholas Cunningham, journaliste sur l’énergie

Nina Berman, photographe documentaire sur les questions climatiques et environnementales, professeur de journalisme à l’Université Columbia

Michele C. Hollow, journaliste indépendante

Ben Depp, photographe documentaire, se concentrant sur les questions du climat et de l’environnement

Virginia Hanusik, photographe climatique

Philip Yam, journaliste scientifique et auteur

Maura R. O’Connor, journaliste scientifique et auteur

Chad J. Reich, journaliste audio et visuel couvrant l’énergie et l’environnement dans les communautés rurales

Steve Ross, rédacteur et rédacteur en chef de l’environnement, ancien professeur de reportage environnemental de Columbia

Starre Vartan, journaliste scientifique

Michael Snyder, photographe climatique

Brandon Keim, journaliste scientifique et nature

Tom Athanasiou, rédacteur et chercheur en équité climatique

Hope Marcus, écrivain climatique

Jocelyn C. Zuckerman, journaliste indépendant

Dana Drugmand, journaliste climatique

Tom Molanphy, journaliste climatique

Roxanne Szal, rédactrice numérique adjointe, Mme Magazine

Dashka Slater, auteur et journaliste climatique

Jenn Emerling, photographe documentaire, se concentrant sur les questions de climat et de culture dans l’Ouest américain

Christine Heinrichs, écrivaine scientifique et auteur

Clayton Aldern, journaliste sur le climat et l’environnement

Karen Savage, journaliste climat

Charlotte Dennett, auteur, journaliste d’investigation, avocate

Carly Berlin, journaliste environnementale

Ben Ehrenreich, auteur et journaliste

Ibby Caputo, journaliste scientifique

Lawrence Weschler, ancien rédacteur du New Yorker, auteur environnemental, plus récemment avec David Opdyke, de This Land: An Epic Postcard Mural on the Future of a Country in Ecological Peril.

Justin Nobel, journaliste scientifique

Antonia Juhasz, journaliste et auteur pour le climat et l’énergie