Note de la rédaction: Le Defender fournit des mises à jour quotidiennes sur le procès historique opposant le Fluoride Action Network à l’Agence américaine de protection de l’environnement. Le procès a débuté le 1er février. Pour lire les articles précédents, cliquez ici. Le procès devrait se dérouler sur neuf jours au tribunal fédéral de San Francisco, avec un flux Zoom permettant à un millier de téléspectateurs de suivre le procès en direct.
La veille de la dernière journée de témoignage des plaignants dans un procès qui pourrait mettre fin à la fluoration de l’eau potable aux États-Unis, des chercheurs canadiens ont publié une nouvelle étude systématique établissant un lien entre l’exposition au fluorure, à des niveaux très faibles, et la baisse du QI chez les enfants.
L’agence de santé publique du Canada, Santé Canada, a chargé une équipe de scientifiques d’étudier les effets du fluorure sur la santé humaine, mais l’agence n’a pas publié cette étude.
La revue Critical Reviews in Toxicology, revue à comité de lecture, a publié l’étude de manière indépendante mardi.
Les chercheurs ont calculé le “point de départ” toxicologique des effets du fluorure sur le QI – également connu sous le nom de “niveau de danger”, le point le plus bas auquel un effet toxique est observé – et l’ont trouvé à 0,179 milligramme par litre (mg/l) dans l’eau.
Les niveaux de fluorure trouvés dans l’eau potable aux États-Unis et au Canada se situent généralement dans la fourchette supérieure de 0,7 mg/l.
Le rapport du NTP, le National Toxicology Program, établissant un lien entre l’exposition au fluorure et la baisse du QI chez les enfants, a fixé le niveau de risque à 1,5 mg/L, et l’une des études clés au centre du procès a même fixé le niveau en-dessous de 0,2 mg/l.
Les auteurs de la nouvelle étude ont noté que les données à ce niveau inférieur étaient très incertaines et qu’il serait utile de poursuivre la collecte de données.
Food & Water Watch, Fluoride Action Network , Moms Against Fluoridation et d’autres groupes de défense et individus poursuivent l’EPA dans le but de forcer l’agence à interdire la fluoration de l’eau aux États-Unis en raison des effets toxiques du fluorure sur le développement du cerveau des enfants.
L’action en justice est intentée en vertu de la loi sur le contrôle des substances toxiques (Toxic Substances Control Act, TSCA), qui réglemente les niveaux légaux d’exposition humaine à des substances toxiques telles que le plomb.
Tous les autres produits chimiques toxiques réglementés par la TSCA ont des niveaux acceptables d’exposition humaine fixés à au moins 10 fois et jusqu’à 79 fois le niveau de danger, pour tenir compte de l’incertitude dans les niveaux de danger ou d’exposition identifiés, en particulier pour les personnes les plus vulnérables.
Même à un niveau de danger de 1,5 mg/l, les niveaux d’exposition au fluorure comportent un risque significatif selon les lignes directrices de la TSCA, mais ce nouveau niveau identifié par les chercheurs canadiens fixerait un niveau de risque encore plus bas que les niveaux d’exposition actuels.
Les résultats sont importants pour le procès parce que le niveau de risque identifié était très faible et aussi parce que les auteurs ont calculé leur niveau de risque en fonction des niveaux de fluoration de l’eau, qu’ils ont extrapolés à partir des niveaux de fluorure urinaire utilisés dans la plupart des études. La question de savoir si et comment cela peut être fait a été un point de débat important lors du procès.
Ces résultats sont également importants parce que David Savitz Ph.D., professeur d’épidémiologie à l’université Brown et premier témoin de l’EPA, faisait partie du groupe d’experts qui a conseillé Santé Canada sur la manière d’interpréter cette étude et d’autres données.
Le groupe d’experts a conclu qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour réduire la quantité de fluorure dans l’eau potable sur la base de ses effets neurocognitifs.
L’EPA a appelé David Savitz à témoigner parce qu’il faisait également partie du groupe d’ experts des Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine (NASEM) qui a examiné le rapport du NTP établissant un lien entre l’exposition au fluorure et la baisse du QI chez les enfants. Le rapport est une pièce maîtresse du procès.
La NASEM et les auteurs du NTP ne se sont pas mis d’accord sur toutes les modifications du rapport suggérées dans la révision de la NASEM, et les modifications finales ont finalement été approuvées par le Conseil des conseillers scientifiques du NTP, bien que le rapport n’ait toujours pas été publié.
M. Savitz témoignera également de l’interprétation de ces résultats par Santé Canada.
La décision de Santé Canada de commander l’étude et de revoir et confirmer ses normes de fluoration de l’eau est intervenue alors que les conclusions du rapport du NTP étaient débattues, et prétendument supprimées, par les agences de santé publique américaines.
Avant le début du témoignage de mercredi, les plaignants ont demandé à ce que la nouvelle étude soit présentée comme preuve. Les avocats de l’EPA ont répliqué en faisant valoir que le rapport sommaire du groupe d’experts de Santé Canada de juin 2023 – dans lequel l’agence concluait que les niveaux actuels de fluorure dans l’eau potable étaient probablement sûrs – devrait être présenté comme preuve.
L’EPA a fait valoir que M. Savitz n’avait pas lu ce nouveau document révisé par des pairs. Il n’a lu et évalué que le rapport non publié et confidentiel soumis à Santé Canada, et ne pourra pas s’exprimer sur la nouvelle publication.
Le juge fédéral Edward Chen, qui statuera sur l’affaire, a accepté les deux documents comme preuves. Il a également ordonné à l’EPA d’obtenir, si possible, une copie du rapport non publié soumis à Santé Canada.
L’étude a révélé que la perte de QI et la fluorose dentaire étaient les problèmes les plus importants.
L’étude récemment publiée a examiné de manière systématique les données humaines, animales et in vitro sur les effets épidémiologiques et toxicologiques du fluorure dans l’eau potable en utilisant les critères de “Bradford Hill“.
Les critères de Bradford Hill sont un ensemble de principes épidémiologiques utilisés pour identifier les relations causales entre une toxine et ses effets associés.
L’examen a porté sur les études évaluées par l’examen systématique de la littérature du NTP, ainsi que sur des études plus récentes.
L’étude a également examiné les effets épidémiologiques du fluorure au-delà de la question étroite de la perte de QI chez les enfants et a trouvé des preuves solides liant l’exposition au fluorure à la fluorose dentaire.
Elle a également établi un lien entre l’exposition au fluorure et d’autres problèmes, notamment le dysfonctionnement de la thyroïde, le dysfonctionnement des reins et la perturbation des hormones, avec des niveaux de preuve variables.
Toutefois, les auteurs ont établi que la perte de QI et la fluorose dentaire étaient les problèmes les plus préoccupants et ont calculé les niveaux de danger pour ces deux éléments.
Ils ont recommandé un niveau de risque de 1,56 mg/l pour la fluorose dentaire modérée et ont conclu que “les préoccupations de précaution concernant les effets cognitifs potentiels sur le développement neurologique peuvent justifier une attention particulière” pour fixer les niveaux acceptables de fluorure dans l’eau.
Différentes études mesurent l’exposition au fluorure en utilisant différentes méthodes, généralement basées sur les données disponibles. Certains utilisent les concentrations urinaires chez la mère ou l’enfant, ce qui donne un aperçu des niveaux actuels. D’autres utilisent les niveaux de concentration de l’eau.
La forme de mesure appropriée a été un point central du débat dans l’essai, en particulier parce que de nombreuses études montrant une association entre le fluorure et la neurotoxicité mesurent les concentrations urinaires, qui peuvent refléter l’exposition au fluorure à partir de sources autres que l’eau.
L’EPA soutient que les concentrations dans l’eau sont la meilleure mesure pour déterminer le risque d’exposition à la fluoration de l’eau, la question clé en jeu dans cette affaire.
L’étude canadienne a pris la décision clé de convertir l’urine en eau potable lorsqu’elle a fixé son niveau de risque à 0,179 mg/l.
Santé Canada : “Des questions subsistent” sur la “relation de cause à effet”.
Le groupe d’experts de Santé Canada a examiné les données soumises par les auteurs de la revue systématique, ainsi que des informations sur la manière dont le Canada établit ses lignes directrices, et des informations sur la fluorose dentaire et les effets neurocognitifs chez les enfants.
Savitz a fait partie du groupe d’experts de Santé Canada en même temps qu’il était consultant rémunéré par l’EPA dans le cadre du procès, et a été appelé à témoigner en faveur de la position de l’EPA selon laquelle la fluoration de l’eau devait être maintenue aux États-Unis.
Il a été rejoint par cinq autres experts, dont Steven Levy, DDS, membre du comité consultatif national sur la fluoration de l’American Dental Association, qui participe activement à la lutte contre les communautés cherchant à cesser de fluorer leur eau.
Le groupe d’experts a reconnu qu’un “nombre croissant de preuves suggère que le fluorure dans l’eau potable peut être associé à une réduction des scores de QI chez les enfants à des niveaux de fluorure qui peuvent être trouvés dans l’eau potable au Canada”.
Cependant, ils ont déclaré que “des questions subsistent quant à savoir si le poids des preuves soutient une relation de cause à effet”. Ils ont refusé de recommander la fixation d’un nouveau niveau de risque pour la fluoration de l’eau sur la base des preuves neurocognitives.